C QUE B1TO YORA LA 2éme PARTIE DE MES REVES DE FOU
En ce début d'été 2030, après de longues années d'études en Chine et au Japon, il était temps pour moi de renter dans mon pays natal les ILES COMORES. Pour tout vous dire de ce " chez moi" tant adoré il ne reste que des vagues souvenirs d'enfance. J'ai bien dit des souvenirs d'enfance car ce fut une période très agréable à vivre où mon seul soucis quotidien c'était d'avoir ma dose de bonbon et autres sucreries ; sinon mes souvenirs d'adolescent j'ai fait de tout mon possible pour les oublier. Je ne parle pas de mes souvenirs personnels mais de ce que fut la vie en général aux Comores :
• Les darons qui taffaient pour du beurre, pour ne pas dire pour rien, en attendant un hypothétique salaire
• Il fallait toujours s'adresser au privé pour espérer avoir une éducation, une santé, ...
• Le pays manquait de tout routes, hôpitaux, écoles, universités, infrastructures de bases dignes de ce nom,...
• La misère, la prostitution, la famine, les maladies,... commençaient peu à peu à s'occuper de ce beau pays laissé à l'abandon...
Voilà pourquoi j'ai fait tout ce qui était en mon pouvoir pour oublier ces souvenirs traumatisants.
Dans l'avion qui me ramenait vers mon bled, je me retrouve avec une colonie de yeux bridés, mais bon cela ne m'étonna guère car je me disais que cette joyeuse colonie bourrée au saké continuerait le voyage jusqu'en Afrique du Sud pour assister au Mondial 2030.
En atterrissant sur le tarmac de l'aéroport international de HAHAYA, je fus très surpris en voyant les nippons prendre leurs bagages à main et s'apprêtant à descendre de l'avion. Comme je maîtrisais parfaitement l'anglais, le mandarin et le japonais, j'ai pris mon courage à 2 mains et je suis parti voir ces cousins des célèbres Jackie Chan et de Bruce Lee (des grands acteurs de cinéma pour les plus jeunes d'entre vous) pour savoir s'ils ne s'étaient pas trompés de destination et au cas où de les informer que les îles Seychelles, Maldives et Maurice étaient juste à coté mais qu'ici on était aux Comores. L'un d'eux me rassura en me disant qu'ils voulaient bel et bien venir aux Comores et m'informa au passage que mon pays était la nouvelle destination à la mode au sein de la jet-set asiatique. Je ravala ma salive et me dit au fond de moi-même qu'on ne sait jamais avec les caprices des richards. Toutefois je m'interrogeai par deux fois :
• Suis-je resté trop longtemps terré en Asie, au point de ne pas savoir ce qu'était devenu mon pays ?
• Ou bien il existait depuis toujours un 2éme Comores dont j'ignorais l'existence et que c'était moi qui m'était trompé de destination ?
Heureusement pour moi, mes doutes furent rapidement dissipés lorsque j'entendis les locaux parler entre eux car je reconnus immédiatement le Comorien et au fond de moi je me dois de vous l'avouer je me suis dit au moins la langue est restée la même.
A la sortie de l'aérogare, je demandai à un de mes compatriotes où je pourrais me procurer les fameux "MCHAKIKI" et un taxi pour me rendre à Moroni. Celui-ci me regarda d'une façon trop bizarre comme si il avait vu un Jupitérien car désormais les Martiens sont de plus en plus nombreux sur Terre. Finalement, il daigna me répondre et m'informant que pour les brochettes il fallait que je regarde du coté des distributeurs spéciaux aménagés juste à coté et que les brochettes grillés sur le charbon c'était juste des spectacles réservés aux touristes. En ce qui concerne le transport je n'avais pas à me tracasser car désormais il existait un TGV au départ de Hahaya et à destination des autres Iles mais aussi un train assurant la navette vers la capitale, mais que si j'étais toujours tenté par le taxi je pourrais le prendre à mes risques et périls car il y avait un embouteillage monstre sur l'autoroute faisant le tour de l'île, et oui le temps des " Je-viens" était resté le même.
Ayant finalement opté pour la navette, j'admirais de ma fenêtre comme un "MTRO MSAFARINI" le paysage qui s'offrait à mes yeux des beaux et hauts immeubles, une zone industrielle à Voidjou, un port de pêche à Bandamadji. Mais le plus frappant c'était les immenses champs de céréales en tout genres qu'on apercevait sur les hauts plateaux et puis surtout les prairies verdoyantes ou quelques vaches étaient en pâture. Je vous jure que contrairement à moi les vaches n'étaient pas étonnées de voir passer le train, elles étaient là pépères en train de brouter cette belle herbe bien grasse. On se croirait dans une pub pour du chocolat suisse mais avec la mer et les plages en plus.
Je m'excuse mais il y a un détail important à relever je n'ai pas vu le moindre sac plastique à l'horizon et dire que du temps de ma jeunesse les quelques rares touristes qu'on croisait pensaient que le drapeau des Comores c'était les sacs plastiques accrochées aux arbustes. A ce qu'il parait le centre de recyclage de Séléa tournait en plein régime et que la nouvelle politique du régime en place était la préservation de l'environnement.
Après 40 minutes de voyage, on arriva enfin à la gare principale de Moroni et je décidai de me dégourdir les jambes et de m'acheter quelques "NDJOUGOUS". A ma grande frustration, je ne vis pas de vendeurs de cacahouètes à l'horizon ni ceux de sorbets, de jus, de caramels,.... Au contraire j'aperçus une clique de mômes en uniformes heureux de partir à l'école, je demandai à tout hasard si c'étaient les élèves du GSFA mon ancienne école, Mais le gars à qui je posai cette question éclatât dans un fou rire pas possible avant de reprendre ses esprits et m'informa que désormais pour les "NDJOUGOUS" et consorts il fallait que je m'adresse à un épicier ou bien que j'aille voir au distributeur. De plus il m'indiqua que désormais l'enseignement était obligatoire jusqu'à 16 ans et que désormais c'est dans les écoles et lycées publics qu'on trouvait un enseignement de bonne qualité et que faire des études dans une école privée c'était has been.
Désirant de ne plus passer pour un ignorant, je décida de quitter ce bonhomme fort aimable et entrepris de descendre jusqu'à l'ancienne place building pour vérifier si elle méritait cette fois-ci son nom. Ce que je vis me boucha plus d'un coin, un immense jet d'eau en guise de rond point et tout autour des immenses immeubles d'une vingtaine d'étages au moins avec des belles façades vitrées avaient remplacés le stade Ajao et les vieilles bâtisses de 3 étages qu'on prenait pour des buildings. Mais il faut le rappeler, elles furent jadis les plus hauts bâtiments de la capitale. Cette fois-ci la place building méritait bien son nom.
En poursuivant ma route par la cote, j'aperçus une dizaine d'hôtels de haut standing où les touristes se serraient tels des abeilles dans une ruche. En atteignant la route de Malouzini vers le palais du peuple, je découvris un immense complexe sportive qui ferait pâlir de jalousie le Stade de France, en voulant me rapprocher pour admirer de plus prés cette merveille d'architecture un policier bien aimable m'ordonna gentiment de reculer et me dit que je n'avais pas le droit de me rendre au stade. En voulant savoir pourquoi, il m'informa que la SELECAO, l'équipe nationale du Brésil était là pour s'acclimater et se préparer en vue du Mondial 2030 qui va se dérouler dans quelques semaines chez nos voisins sud-africains.
La manière et la politesse avec laquelle ce policier me parla me laissa perplexe car du temps de ma jeunesse, on avait le droit à des insultes, quelques coups de matraque et une bonne dose de gaz lacrymogènes si le policier voulait se montrer généreux. Et tout ça, juste pour te signifier que tu n'avais pas le droit d'accéder à un site quelconque.
Au vue de tout ces changements, je programmai pour le lendemain une virée vers le sud pour vérifier si ma ville natale Foumbouni était elle aussi touchée par le virus du développement.
Mais soudainement, un réveil sonna et me sortit de ma torpeur. Le contact de l'eau froide me ramena immédiatement à sur terre et l'odeur de la HARIRA et du pain frais me rappela que je suis bien au Maroc et que tout ça n'était qu'un rêve.
Heureusement que ces despotes qui se sont succédés à la tête de mon beau pays ne nous ont pas volé la seule liberté qui nous reste celle de rêver.




